Nommé aux César pour son travail très remarqué sur Le Grand Bain, Laurent Tangy (AFC) nous parle de sa collaboration avec Gilles Lellouche et de son utilisation de l’ALEXA STUDIO et de l’ALEXA MINI. Le directeur de la photographie donne aussi ses premières impressions sur l’ALEXA LF qu’il utilise en ce moment sur Je Suis Là, le prochain film d’Eric Lartigau.

 

Quelle était la demande de Gilles Lellouche à propos de l’image du Grand Bain ?

Gilles avait envie d’une première partie plutôt à l’épaule, proche des personnages, quelque chose d’assez brut, avec peu d’effets. Contrairement à la deuxième partie du film qui se passe dans les piscines où cela s’emballe un peu. Là, il souhaitait une image plus à effets, plus rythmée, avec des travellings notamment. Ce que Gilles aime dans le cinéma, c’est donner du relief à l’histoire en créant des contrastes. Faire rire tout le temps, ce n’est pas la solution. C’est quelqu’un qui va au bout de ses idées. Il a toujours fait le film qu’il voulait voir.

 

 

Avec Le Grand Bain, vous n’avez pas fait une photo de comédie…

Je ne sais pas trop ce que c’est « une photo de comédie ». J’essaie plutôt d’éclairer des espaces et des situations. C’est une direction artistique générale. Dans Le Grand Bain, nous sommes en décors naturels, donc je tente de donner aux lieux une identité avec la lumière, tout en arrondissant les personnages. Comme j’ai été habitué à travailler à plusieurs caméras, je construis ma lumière pour que cela fonctionne sur tous les angles. Pour moi, la lumière existe déjà avant de faire entrer les comédiens.

 

 

Vous aviez des références communes pour ce film ?

Pas tellement. Disons que nous avons des goûts communs, comme les premiers films de Paul Thomas Anderson. Une manière d’appréhender la caméra qui est à la fois moderne et très années 70.

Pourquoi avez-vous choisi de tourner en ALEXA ?

J’avais l’espoir de tourner Le Grand Bain en 35mm, mais il y les scènes de piscine, le tournage en caisson et les chorégraphies. Cela devenait difficile de rester en pellicule. Nous avons évoqué un temps l’ALEXA 65, mais comme nous tournions à deux caméras, le workflow devenait complexe à gérer, avec beaucoup de datas. Nous sommes partis sur l’ALEXA STUDIO et les objectifs Panavision Serie C. Gilles voulait tourner le film en scope anamorphique. L’ALEXA STUDIO est la caméra que j’utilise quand je tourne en numérique. J’aime bien l’obturateur mécanique de ce modèle. J’apprécie la sensation donnée par son « rolling shutter ». Nous avions aussi une ALEXA MINI, mais nous l’avons surtout utilisée dans les caissons étanches et sur les scènes de camping-car, où sa taille permet de la caler facilement dans un coin.

 

 

Comment l’avez-vous exposée ?

Je préfère travailler l’ALEXA à 800 ISO. Je sais où sont mes courbes, mes tolérances. De plus, je ne suis pas friand d’utiliser des LUT sur le plateau. Je préfère me décider plus tard à l’étalonnage. L’ALEXA STUDIO a une superbe visée. Comme je contrôle la lumière depuis la caméra – jamais depuis un moniteur -, c’est important pour moi que la visée soit très performante.

Et au niveau de la lumière ?

Je me suis beaucoup servi de LEDs et de praticables à l’intérieur, de sources HMI à l’extérieur. Dans les piscines, c’était assez compliqué. Il y a avait de grandes surfaces à éclairer et des contraintes de sécurité très strictes à respecter avec l’eau. J’ai donc utilisé trois grands ballons à l’intérieur et des néons. Pour la scène de la compétition, nous avons monté tout un light show avec des Gobo, des poursuites et de la lumière de couleur sous l’eau. C’est le climax du film. Il fallait faire le spectacle. Pour cette séquence, nous avions aussi plus de caméras, notamment une ALEXA MINI sur un Cablecam au-dessus de la piscine.

Quels sont vos projets aujourd’hui ?

J’ai tourné un film de genre, Furie, d’Olivier Abbou, en ALEXA STUDIO. En ce moment, je travaille sur le prochain film d’Eric Lartigau, Je suis là, avec Alain Chabat et la star coréenne Doona Bae. C’est une comédie romantique qui se passe entre le Pays Basque et la Corée. J’ai choisi de travailler avec la nouvelle caméra ALEXA LF et la série Zeiss Supreme. Comme le film se passe sur deux saisons, nous avons tourné la première partie cet automne et nous repartons au printemps en Corée pour trois semaines de tournage.

Pourquoi avoir choisi l’ALEXA LF ?

Au départ, nous avons envisagé d’utiliser l’ALEXA 65, mais pour des raisons de workflow nous avons finalement opté pour l’ALEXA LF. C’est une bonne alternative. Dans Je suis là, cela avait un sens de bénéficier de la grande définition de la caméra puisque nous avons beaucoup de paysages et de grands décors. A cette étape, ce que j’ai vu en projection est très intéressant mais j’attends l’étalonnage. Côté ergonomie, c’est la même chose que l’ALEXA. Sur le plateau, on n’est pas perdu. La caméra est hyper stable, hyper fiable. Elle est un peu plus lourde que l’ALEXA MINI mais elle fait le même poids que l’ALEXA STUDIO que j’ai l’habitude d’utiliser à l’épaule.