Lancé sur le marché il y a 4 ans, le système de stabilisation caméra ARRI TRINITY est de plus en plus utilisé sur les longs métrages, téléfilms, publicités et défilés de mode. Les trois premiers opérateurs TRINITY en France nous expliquent les apports à la narration de cet outil unique en son genre. 

Benjamin Groussain, cadreur et opérateur TRINITY 

Opérateur Steadicam depuis 2007 et TRINITY depuis 2018, Benjamin Groussain a acquis une solide expérience dans le système de stabilisation caméra conçu par ARRI. Il l’utilise aussi bien sur des longs métrages que des séries tv. “Nous avons beaucoup de demandes de TRINITY pour les tournages, mais, comme nous ne sommes pas assez nombreux sur le marché, nous ne pouvons pas tout accepter, précise Benjamin Groussain. Quand des opérateurs m’appellent pour savoir s’ils doivent investir dans la machine, je leur dis : “fonce”. C’est une machine complexe à pratiquer au début, mais une fois qu’on l’a en main, elle offre tellement de possibilités. Elle permet d’explorer de nouvelles manières de raconter les histoires.” 

“Pour expliquer le TRINITY à mes interlocuteurs, je dis qu’il s’agit d’un petit bras de grue stabilisé que l’on porterait sur soi” indique Benjamin Groussain. “Je peux commencer à cadrer très bas, à 15 cm du sol, et remonter dans un même mouvement pour finir en top shot à 2,30 m. Avec cette machine, je peux avoir plus d’amplitude de hauteur dans un même plan qu’avec une dolly et ensuite panoter en plongée. Sur le nouveau film de Laurent Tirard, “Juste Ciel”, le chef opérateur Eric Blanckaert a eu envie d’utiliser le TRINITY qu’il avait découvert avec moi sur un clip vidéo. Habituellement, il travaille au gimbal, mais comme il y avait beaucoup de plans embarqués sur des véhicules, il cherchait un outil très polyvalent qui permette plus d’options de hauteur avec moins d’encombrement, allié à une liberté de déplacement. Avec le bras articulé du TRINITY, j’ai tourné des plans de personnages à vélo où je passais de leurs pieds à leur visage dans un même mouvement, alors que j‘étais tracté sur un quad avec ma machine. Comme le TRINITY stabilise l’horizontale électroniquement, je n’avais pas à me préoccuper de la bulle, contrairement à un Steadicam. J’étais sûr que mon horizon ne bougerait jamais, malgré les accélérations et les vibrations de la route.” 

Au-delà des plans très spécifiques que permettent le TRINITY, Benjamin Groussain insiste sur l’apport de la machine à la mise en scène : “On parle beaucoup du passage low mode/high mode avec le TRINITY, mais si l’on fait deux plans comme ceux-là dans un film, c’est le maximum. La machine a plein d’autres possibilités, notamment quand le bras est utilisé à l’horizontale. Je peux rentrer dans une voiture et sortir en suivant le personnage. Avec le joystick, je peux piquer, dépiquer, aller chercher des détails. C’est un vrai régal. Je pense notamment à une publicité Balmain que j’ai faite avec le directeur de la photo Kanamé Onoyama. J’avançais dans un long couloir, puis je passais à l’horizontale sur une table pour finir en plan serré sur le visage de Cara Delevingne en contre-plongée. Aucune machine n’aurait pu faire ça, vue la configuration des lieux. Ce plan est né d’une improvisation. C’était de la création pure sur le plateau.” 

“Si le TRINITY ouvre plein de nouvelles possibilités, il ne peut pas tout faire, nuance cependant Benjamin Groussain. Parfois, on m’appelle pour des plans avec des changements très rapides de cadre, mais la machine a une certaine inertie dont il faut tenir compte. Même chose dans une pièce trop exigüe. Il faut de la place pour manipuler le bras articulé. En fait, le TRINITY est un outil supplémentaire dans la palette des réalisateurs et des chefs opérateurs, aux côtés des grues, dollies, gimbal, Steadicam… Chaque outil a ses avantages, mais aussi ses limites. Sur un plateau, j’aime venir avec un TRINITY et un Steadicam. Et j’utilise l’outil le plus adapté en fonction de l’histoire à raconter.” 

Matthieu Lornat, cadreur et opérateur TRINITY 

“Je suis opérateur Steadicam depuis 2007, mais quand j’ai découvert le TRINITY en 2017, j’ai tout de suite vu les nouvelles possibilités qu’offraient la machine en terme de narration » explique Matthieu Lornat. “Avec son bras articulé et sa nacelle, je peux manipuler plus largement la caméra dans l’espace pour répondre à une demande concrète du réalisateur sur le plateau. Mais je continue à travailler régulièrement au Steadicam. Sur un tournage, j’ai toujours les deux machines prêtes à fonctionner. Cela fait partie de ma prestation. Quand on refléchit à la manière de tourner un plan avec le directeur de la photo et le réalisateur, je propose l’outil qui est le plus approprié.” 

“Le seul souci, c’est que le TRINITY n’est pas encore très connu des réalisateurs. C’est un vrai frein, indique Matthieu Lornat. Il faut beaucoup expliquer les possiblités de la machine. Sur la saison 8 de la série “Léo Matteï, brigade des mineurs, diffusée sur TF1, j’ai fait beaucoup de plans au TRINITY. Aux essais caméras, j’avais pris le temps de faire une démo au directeur de la photo, Samuel Dravet, et au réalisateur, Hervé Renoh. Ils ont trouvé l’outil génial et vite compris comment ils pouvaient en tirer partie. Du coup, j’ai eu beaucoup de demandes de leur part sur le plateau. Comme la série met en scène des enfants avec des adultes, le TRINITY nous permettait d’être plus libre sur les hauteurs de comédiens, d’aller chercher des changements de hauteur de plan plus facilement. Nous avons aussi pu faire des plans complexes alors que nous n’avions pas de grue. Comme il s’agit d’une série policière, il y avait beaucoup d’ouvertures de séquences avec des voitures. Avec le TRINITY, j’ai pu proposer de nouveaux types de plans-séquences : partir d’une roue, passer à l’horizontale au-dessus du capot et finir sur un comédien qui sort de la voiture. Ces plans fonctionnent très bien. C’est une nouvelle écriture. Au final, le TRINITY apporte une vraie «Production Value» aux séries.”

 

 

 

 

 

« Sur les fictions tv, le rythme de tournage est plus intense qu’en long métrage, ajoute Matthieu Lornat. On travaille souvent à deux caméras. Et c’est clair que le TRINITY nous permet de gagner énormément de temps. Là où il aurait fallu habituellement 2 ou 3 plans dans le découpage, on peut tout construire dans un seul plan avec les mouvements de transition que permettent la machine. Les directeurs de production ont bien compris cet argument quand je leur propose le TRINITY. Ils sont aussi très sensibles à la plus-value que cet outil donne à la production.” 

“La machine permet aussi des utilisations à priori inhabituelles mais qui répondent à des problématiques de tournage très concrètes, explique Matthieu Lornat. Sur le long métrage “Tu mourras à 20 ans” d’Amjad Abu Alala que je suis allé tourner au Soudan, nous avons mis le TRINITY sur un pick up 4×4 pour suivre l’acteur principal qui marchait et courait sur une voie de chemin de fer. La stabilisation de la machine nous à permis de sortir un travelling impeccable alors que nous tournions sur un chemin très cahoteux dans la campagne. C’est ça aussi le TRINITY.” 

Karim Boukerche, cadreur et opérateur TRINITY 

Opérateur TRINITY depuis 2017, Karim Boukerche a la particularité d’utiliser régulièrement le système de stabilisation caméra d’ ARRI sur des évènements live. “Je crois que je suis le premier propriétaire de TRINITY en France, souligne celui-ci. J’utilise beaucoup la machine sur les défilés de mode. Le TRINITY leur apporte une vraie plus-value, même si travailler en live est très complexe. Il faut être capable de gérer l’espace, avec les mannequins qui défilent, les personnalités qui assistent au show, toute la partie technique. Mais le monde de la mode a bien compris l’intérêt de ce nouvel outil. Sur les défilés, on me demande souvent de démarrer sur les pieds d’un mannequin en mouvement, de monter sur son visage puis de revenir sur un accessoire, comme un sac par exemple. Cela permet une belle mise en valeur des produits, en allant chercher des détails en horizontalité, en jouant sur les positions hautes et basses. Et puis, les réalisateurs ont intégré le TRINITY dans la mise en scène de leur show, aux côtés des modèles qui défilent. C’est un outil magique à voir évoluer pour ceux qui assistent sur place au défilé. Dans les prochaines semaines, je vais faire le défilé Jacquemus et celui de Paco Rabanne à Monaco. Souvent le matin, nous répétons le show. Ce qui permet de produire des images qui seront diffusées l’après-midi en avant-show ou dans les files d’attente. Quant au défilé lui-même, c’est un exercice très condensé qui dure à peine 10 à 20mn. Il faut être très réactif. Aujourd’hui, certains réalisateurs de show m’appellent parce qu’il savent que je fais du TRINITY. C’est une vraie valeur ajoutée pour moi en tant qu’opérateur.” 

“Sur le TRINITY, j’apprécie beaucoup le joystick pour gérer le tilt, ajoute Karim Boukerche. J’aime combiner à la fois le zoom, le tilt et le déplacement dans un même mouvement. Cela donne une vraie dynamique à l’image. La force du TRINITY, c’est qu’à chaque répétition, l’outil nous apporte une idée en plus. C’est seulement avec lui que j’ai eu cette sensation. Si le metteur en scène arrive à s’emparer de la machine, on peut aller très loin. On raconte une histoire différemment avec le TRINITY.” 

“Je fais aussi de la fiction tv de temps en temps, explique Karim Boukerche. Ce n’est pas le même rythme de travail. Je dois intervenir sur une série la semaine prochaine pour un plan spécifique où je pars de l’intérieur d’une camionnette à l’horizontale et je suis ensuite le personnage qui sort du véhicule. Le TRINITY est un très bel outil pour raconter des histoires, mais complexe à mettre en oeuvre. Et parfois, on m’appelle pour des plans qui sont impossibles à réaliser, avec des mouvements dans tous les sens. Avec le TRINITY, le dialogue avec le réalisateur et le chef opérateur est très important. On pose la problématique, on travaille ensemble dessus et, ensuite, je propose la solution la plus adaptée.” 

Produit :

TRINITY