Césarisé pour l’image de The Artist, Guillaume Schiffman AFC, a adopté la nouvelle caméra grand format ARRI ALEXA LF et les optiques ARRI SIGNATURES PRIME sur ses trois derniers films : Mon Cousin de Jan Kounen, La Bonne Épouse de Martin Provost et En Attendant Bojangles de Régis Roinsard. Explications. 

Pourquoi avoir choisi l’ALEXA LF pour le tournage de Mon Cousin de Jan Kounen ? 

J’avais entendu parlé de cette nouvelle caméra par Natasza mais je ne voyais pas ce qu’elle pouvait m’apporter. Au moment, de la préparation de Mon Cousin, Jan, qui est féru de technique, m’a lui aussi parlé de la LF et voulait qu’on l’essaieNous l’avons intégré dans notre comparatif avec une ALEXA classique. Je me rappelle que, sur un gros plan de Vincent Lindon au 29 mm, la définition sur son visage et la profondeur de champ nous sont apparus comme une évidence. C‘était la caméra qu’il nous fallait sur ce film ! On a tout de suite laissé de côté l’ALEXA et on s’est concentré sur la LF pour la pousser dans ses retranchements. 

Qu’est-ce qui vous a plu avec l’ALEXA LF ? 

Elle donne une dimension supplémentaire à l’image. Du fait du grand capteur, un objectif de 40 mm correspond à un 32 mm sur une ALEXA classique. Mais je conserve la profondeur de champ plus restreinte du 40 mm. Du coup, en travaillant avec une ouverture de 2 à 2.8, je pouvais jouer sur la profondeur de champ dans l’image, même en étant au grand angle. C’était d’autant plus précieux sur Mon Cousin que Jan Kounen aime travailler avec des focales larges. Il réalise généralement ses films entre le 18 mm et 29 mm. J’aime aussi beaucoup la précision et la définition du capteur de l’ALEXA LF sur les plans largesLes fonds ne fourmillent pas. Je trouve aussi qu’elle est très juste en colorimétrie sur les peaux. Il y a beaucoup moins de détérioration dans les couleurs. En fait, j’ai le sentiment qu’elle me donne un autre rapport à l’image, une dimension supplémentaire.  

Qu’avez-vous pensé des optiques ARRI SIGNATURES ? 

Ces objectifs me plaisent parce qu’ils sont doux, mais suivant la façon dont j’éclaire le plan, j’obtiens une image plus contraste ou pas. Cela correspondait bien à ce que Jan Kounen voulait sur Mon Cousin. Les SIGNATURES apportaient de la douceur sur les peaux. Ensuite, je pouvais faire du contraste sans être trop sharp. 

© photos : ESKWAD

Vous avez utilisé des Luts ? 

Non, non. Je n’utilise jamais de luts sur mes films. J’ai un étalonneur de rushs auquel je donne mes consignes. J’ai toujours fabriqué l’image sur le plateau. J’aime avoir un rendu d’image qui me plaise avant de mettre une couche supplémentaire à l’étalonnage. D’ailleurs, Richard Deusy, qui a étalonné le film, a lui aussi adoré l’image de l’ALEXA LF et des SIGNATURES. Ces deux outils nous ont donné une base juste pour l’étalonnage. 

Comment avez-vous exposé la caméra ? 

J’ai travaillé à 1200 ASA. Cela apporte de la matière à l’image. Je faisais déjà ça avec l’ALEXA classique car je trouvais quelle manquait de matière à 800 ASA. Cela me donne l’image que je veux. Sur Mon Cousin, cela m’arrivait parfois de la pousser à 2000 ASA. 

Quelle a été la séquence la plus complexe sur Mon Cousin ? 

Être en focales larges oblige à travailler d’une certaine manière la lumière. C’était particulièrement compliqué dans les séquences où Vincent Lindon est dans son bureau entièrement vitré avec une découverte sur tout Paris. Il ne fallait pas brûler les fenêtres et, en même temps, garder un certain niveau sur les visages. C’était une scène très complexe à tourner dans la durée. J’avais mon électro qui courait derrière le Steadicam pour apporter de petites sources de lumière sur les comédiens. Le capteur de l’ALEXA LF m’a donné beaucoup de latitude dans ces moments là. D’autant que sur ce film j’ai fait beaucoup de changements de diaph à l’intérieur des plansparfois jusqu’à une dizaine. 

Vous avez aussi utilisé l’ALEXA LF et les ARRI SIGNATURES sur La Bonne Épouse de Martin Provost et En Attendant Bojangles de Régis Roinsard. Pourquoi ? 

Quand j’adopte une combinaison caméra-objectif, je travaille avec elle dans la durée. Auparavant, j’aimais utiliser l’ALEXA classique avec des objectifs LEITZ. J’ai tourné des dizaines de films avec celle-ci. Mais j’ai l’impression de l’avoir déjà bien exploré. J‘avais envie de changementAujourd’hui, je me sens bien avec la combinaison ALEXA LF et ARRI SIGNATURES. C’est comme si je travaillais avec la même pellicule sans jamais faire la même image. D’ailleurs, il n’y a rien de plus différents comme films que Mon CousinLa Bonne Épouse et En Attendant Bojangles. Je n’ai pas besoin de changer d’outil à chaque fois. L’important, c’est que la caméra me donne la base d’image qui me plaît. 

© photos : Carole BETHUEL

La bonne épouse est aussi un film plus éclairé…. 

Oui, c’est un comédie avec un côté Paris Match années 60. Il y avait beaucoup d’éclairages à l’intérieur de cette maison. L’idée, c’était de voir tout le temps les extérieurs par les fenêtres, sans être sur-exposé. La latitude du capteur de l’ALEXA LF me le permettait. J’ai utilisé beaucoup d’ARRI SKYPANEL à l’intérieur et des sources HMI pour l’extérieur. Sur En attendant Bojangles, c’est une autre direction d’imageIl s’agit d’un drame psychologique mais avec une fantaisie à la Boris Vian. Nous sommes plus proche de l’esthétique du photographe Jean-Marie Périer, qui, d’ailleurs, utilisait beaucoup le 35mm.

Vous avez utilisé la MINI LF avec ces deux derniers films ? 

Oui, je l’ai surtout utilisée sur Steadicam et à l’épaule pour sa légèreté. Il n’y a pas beaucoup de différences avec l’ALEXA LF car c’est le même capteur. Par contre, le viseur n’a encore la même définition que sur l’ALEXA LF. J’espère qu’ARRI va améliorer ça. Mais la MINI LF reste un excellent ajout au système large format ARRI. 

© photos : Jan KOUNEN