Actualité chargée cet automne pour le directeur de la photographie George Lechaptois. Après Une fille facile en septembre et la remarquée série de Canal+ Les sauvages, sort en salle le très attendu Proxima, où le chef opérateur retrouve Alice Winocour pour la troisième fois. En tournage récemment avec l’ALEXA LF sur La beauté du geste, il nous donne ses premières impressions.

Vous venez de tourner avec l’ALEXA LF sur La beauté du geste de Sylvie Ohayon. Pourquoi avoir choisi cette caméra ?

Au départ, je voulais travailler en anamorphique pour ne pas avoir à utiliser de courtes focales. Le film se passe en partie dans l’univers des petites mains de la Haute Couture. Il y avait cette volonté de la réalisatrice d’être en 2:40, notamment pour les scènes d’atelier. Sylvie souhaitait avoir le maximum de personnages dans le plan. En préparation, j’ai croisé Natasza et l’équipe de RVZ qui m’ont parlé de l’ALEXA LF. J’ai fait des tests comparatifs avec la Red, la Venice, la Panavision DXL2 et une dizaine d’optiques différentes. Au final, j’ai choisi la LF que j’utilise avec la nouvelle série Cooke S7, le tout loué chez TSF.

Vos premières impressions sur l’ALEXA LF?

J’adore faire des films simples avec l’anamorphique, même caméra à l’épaule. J’ai retrouvé cela avec l’ALEXA LF en sphérique. Son grand capteur permet d’utiliser des optiques plus longues dans un petit décor, sans avoir trop de déformations. Cela permet surtout de mieux décoller les personnages du fond. Quelque chose auquel je suis toujours très attentif. Car les caméras numériques classiques ont tendance à écraser et je n’aime pas cela. C’est pour ça que j’aime tourner en anamorphique d’habitude. Avec l’ALEXA LF, j’ai un peu retrouvé ce que j’avais expérimenté avec le 65mm, mais en plus abordable (rires). Je trouve aussi que la LF a une très belle visée. C’est important. Je n’aime pas trop celle de l’ALEXA MINI. On sent qu’ARRI a pris en compte cette question avec sa nouvelle caméra.

Avec Proxima, vous retrouvez Alice Winocour pour la troisième fois. Comment fonctionnez-vous avec elle ?

Le travail avec Alice est assez simple. C’est quelqu’un qui va à l’essentiel. Ce qui l’intéresse avant tout ce sont les émotions. Dans Proxima, nous suivons pas à pas la préparation de cette astronaute jouée par Eva Green, depuis Cologne jusqu’à Baïkonour, en passant par la Cité des étoiles près de Moscou. Il y a un côté très documentaire dans le film. Mais pour Alice, le rapport mère-fille était central. Je travaillais beaucoup caméra à l’épaule. Nous voulions être toujours près du personnage principal et de sa fille. J’ai choisi une ALEXA MINI avec une série d’optiques Cooke Mini S4. D’habitude, je tourne en ALEXA XT mais ici il me fallait une caméra compacte pour pouvoir rentrer dans la capsule Soyouz. L’ALEXA MINI était plus adaptée.

On a l’impression que vous avez voulu créer une sorte d’enfermement autour du personnage ?

Vous savez, les astronautes sont des gens qui veulent s’isoler du monde. Ils ne savent pas s’ils vont pouvoir revenir un jour sur terre. Et puis, Proxima est un film d’hiver. Et nous avons utilisé cela pour montrer tout le chemin que le personnage d’Eva Green parcourt jusqu’à la scène finale, avec le lever du soleil qui vient clore cet enfermement. Auparavant, nous sommes dans une lumière qui s’efface. En même temps, je ne voulais pas que le film ressemble à un documentaire. J’ai notamment utilisé la MINI à 800 Asa alors que d’habitude je la pousse plutôt à 1800 Asa. Mon idée, c’était de faire un film avec des partis pris d’image qui s’imposent.

Sur Les Sauvages, la série Canal + de 6×52′ réalisée par Rebecca Zlotowsky vous avez aussi choisi des partis pris d’image très forts ?

La série se passe entre Paris et St-Etienne et je voulais une différenciation dans le traitement de ces deux villes. A Paris, j’ai joué sur une image beaucoup plus froide, assez sombre. Alors qu’à St-Etienne, j’ai essayé de donner une impression d’ouverture. J’ai trouvé cette ville vraiment intéressante à filmer. Elle est très encaissée. Ce qui donne des points de vues très beaux sur la ville en contrebas. Nous avons tourné avec deux ALEXA XT. Cette série a été une très bonne expérience, malgré les multiples contraintes. Nous avions 72 jours de tournage initialement mais nous avons terminé avec 3 jours d’avance.

Comment travaillez-vous avec Rebecca Zlotowsky dont vous avez éclairé tous les films ?

Nous nous connaissons tellement bien que, souvent, nous n’avons pas besoin de nous parler pour nous comprendre. C’est quelqu’un qui a beaucoup d’énergie, qui sait parfaitement ce qu’elle veut. Sur Une fille facile, nous avons bien sûr parlé des références communes que nous avions sur la Côte d’Azur : Bardot, Delon, Plein Soleil. Mais ensuite, Rebecca m’a fait confiance pour l’image. Le film est très intelligent, subtil. La façon dont elle crée les relations entre les personnages… Cela a été un bonheur à tourner.